Les montres connectées pour le dépistage de l’apnée du sommeil : utiles, mais pas suffisantes
En bref : Les montres connectées et certaines applications d’IA peuvent repérer des signes compatibles avec un syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), surtout modéré à sévère. Elles sensibilisent et orientent vers le médecin, mais ne remplacent pas les examens de référence (polygraphie, polysomnographie) nécessaires pour poser un diagnostic et choisir un traitement.
SAHOS : un trouble fréquent et largement sous-diagnostiqué
Le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) se caractérise par des pauses respiratoires répétées pendant le sommeil, causées par une obstruction des voies aériennes supérieures.
En France, entre 1 et 3,7 millions d’adultes seraient concernés, mais plus de 80 % des formes modérées à sévères ne seraient pas diagnostiquées, faute d’accès ou de recours aux examens spécialisés.
Non traité, le SAHOS peut entraîner une somnolence diurne, des troubles de la mémoire et de la concentration, un sur-risque d’accidents de la route ou du travail, ainsi que des complications cardiovasculaires et métaboliques (hypertension, troubles du rythme, diabète, etc.).
D’où l’intérêt d’outils de premier repérage, y compris numériques, pour identifier les personnes à risque et les orienter vers un parcours de soins adapté.
Comment les montres connectées suivent-elles le sommeil ?
Les montres connectées récentes ne se limitent plus au comptage des pas. Elles intègrent plusieurs capteurs capables de recueillir des signaux physiologiques liés au sommeil :
- Fréquence cardiaque et variabilité de la fréquence cardiaque.
- Mouvements corporels grâce aux accéléromètres et gyroscopes.
- Saturation en oxygène (SpO₂) nocturne, pour certains modèles.
- Fréquence respiratoire, estimée à partir des micro-mouvements thoraciques et de signaux optiques.
Ces données sont interprétées par des algorithmes d’apprentissage automatique (IA) qui cherchent à repérer des schémas compatibles avec des troubles respiratoires du sommeil : diminutions de ventilation, chutes répétées de SpO₂, micro-éveils, etc.
Montres et apnée du sommeil : où en sont les fabricants ?
Apple Watch

Depuis watchOS 11, l’Apple Watch propose une fonctionnalité permettant de détecter des signes de sommeil potentiellement compatibles avec un SAHOS modéré à sévère.
L’algorithme s’appuie notamment sur :
- les micro-mouvements respiratoires (via l’accéléromètre),
- la variabilité de la fréquence cardiaque,
- des modèles de machine learning entraînés sur des enregistrements de sommeil (polysomnographie).
En cas d’irrégularités respiratoires répétées observées sur plusieurs nuits, la montre peut envoyer une notification de perturbation respiratoire nocturne afin d’inciter l’utilisateur à consulter.
Samsung Galaxy Watch

Certaines montres Samsung Galaxy Watch intègrent une fonctionnalité de dépistage des signes d’apnée du sommeil, via l’application Samsung Health. Cette fonctionnalité a reçu une autorisation de la FDA pour le marché américain pour la détection de signes de SAHOS modéré à sévère chez l’adulte non diagnostiqué.
L’algorithme analyse les perturbations respiratoires sur plusieurs nuits pour identifier un risque potentiel. Il ne s’agit pas d’un diagnostic, mais d’un outil de triage visant à encourager la prise de rendez-vous médical.
Fitbit et autres trackers

Certains modèles de montres ou bracelets Fitbit intègrent un capteur SpO₂ nocturne et des algorithmes qui repèrent les variations de saturation en oxygène et les micro-éveils.
Des travaux cliniques ont montré que ces dispositifs peuvent mettre en évidence des anomalies compatibles avec un SAHOS, tout en restant moins précis qu’un enregistrement du sommeil réalisé en laboratoire.
L’IA vers un dépistage simplifié
Parallèlement aux montres connectées, des solutions d’IA proposent un dépistage à partir d’un simple smartphone.
Le principe : le téléphone, fixé sur le thorax ou intégré dans le pyjama, utilise ses capteurs (microphone, accéléromètre, gyroscope) pour enregistrer les sons respiratoires et les mouvements pendant la nuit.
Un algorithme d’IA estime ensuite un indice d’apnées-hypopnées (IAH) et identifie les profils à risque de SAHOS.
Des études récentes suggèrent que ce type de dispositif peut, dans certaines conditions, dépister une grande partie des SAHOS modérés à sévères, avec une précision suffisante pour servir de premier filtre.
Cependant, les performances varient selon les populations étudiées, les réglages, le modèle de téléphone et la qualité des enregistrements. Ces outils ne remplacent pas les examens de référence.
Une aide au repérage, pas un outil de diagnostic
Il est essentiel de rappeler que les montres connectées et applications d’IA ne posent pas un diagnostic médical.
Même lorsque certaines fonctionnalités ont reçu une autorisation réglementaire (par exemple la FDA aux États-Unis ou un marquage CE en Europe), leur indication reste limitée à :
- la détection de signes compatibles avec un SAHOS modéré à sévère,
- la notification d’un risque potentiel chez des adultes non encore diagnostiqués,
- l’incitation à consulter un professionnel de santé.
À l’inverse, l’absence de notification ne permet pas d’exclure un SAHOS, notamment chez les personnes présentant des formes légères, des symptômes atypiques ou des comorbidités.
La polysomnographie en laboratoire et la polygraphie ventilatoire à domicile restent les examens de référence pour poser un diagnostic, évaluer la sévérité du SAHOS et choisir un traitement (pression positive continue, orthèse d’avancée mandibulaire, prise en charge ORL, etc.).
Signaux d’alerte : quand ces outils doivent-ils vous faire consulter ?
Qu’ils proviennent d’une montre connectée ou non, certains signes doivent inciter à demander un avis médical, en particulier :
- Ronflements forts et réguliers, souvent rapportés par l’entourage.
- Pauses respiratoires observées pendant le sommeil.
- Somnolence diurne excessive, coups de fatigue, endormissements au volant ou au travail.
- Maux de tête matinaux, sommeil non réparateur, irritabilité, troubles de la concentration.
- Notification répétée d’un risque d’apnée du sommeil par une montre connectée ou une application de dépistage.
Dans ces situations, il est recommandé de consulter en premier lieu votre médecin traitant, qui peut vous adresser à un centre du sommeil ou à un spécialiste (pneumologue, ORL, médecin du sommeil).
Intérêt et limites des montres connectées en pratique
Points forts et limites
Un aperçu clair des bénéfices et des limites des montres connectées dans le repérage des troubles respiratoires du sommeil.
Points forts
Elles attirent l’attention sur un problème souvent méconnu ou minimisé.
Les données accumulées sont parfois plus représentatives qu’une seule nuit “exceptionnelle”.
Pour les personnes déjà équipées, ces fonctions ne nécessitent pas de matériel supplémentaire.
Limites
Moins précise qu’une polysomnographie ou qu’une polygraphie ventilatoire.
Une alerte peut survenir sans SAHOS, ou aucune alerte malgré un SAHOS présent.
Les fonctionnalités varient selon les modèles, les pays et les mises à jour logicielles.
Usage surtout adapté aux adultes portant régulièrement la montre, avec une durée de sommeil suffisante.
Ces limites expliquent pourquoi les sociétés savantes et les autorités de santé considèrent aujourd’hui les montres connectées et les applications d’IA comme des outils de dépistage ou de triage, et non comme des dispositifs de diagnostic autonome.
Que faire si ma montre me signale un risque d’apnée du sommeil ?
- Ne pas paniquer : une alerte signifie qu’il existe des anomalies à vérifier, pas que vous êtes forcément porteur d’un SAHOS sévère.
- Noter vos symptômes : ronflements, pauses respiratoires rapportées, somnolence, réveils nocturnes, maux de tête matinaux, etc.
- Prendre rendez-vous avec votre médecin traitant pour discuter de vos symptômes et des données fournies par votre montre ou votre application.
- En fonction du contexte, votre médecin pourra vous orienter vers un centre du sommeil pour une polygraphie ou une polysomnographie.
- Si nécessaire, un professionnel de santé peut recommander des solutions de diagnostic à domicile, y compris des dispositifs connectés encadrés médicalement, dans le cadre d’un parcours de soins structuré.
À retenir
- Les montres connectées et certaines applis d’IA peuvent repérer des signes compatibles avec un SAHOS, surtout modéré à sévère.
- Ces outils servent de premier filtre et d’outil de sensibilisation, mais ne remplacent pas un diagnostic médical.
- En cas d’alerte ou de symptômes, la démarche recommandée reste la même : consulter le médecin traitant puis, si besoin, un centre du sommeil.
Comparatif des principales montres connectées
Les montres connectées peuvent aider à repérer certains signes compatibles avec des troubles respiratoires du sommeil, mais elles ne remplacent jamais un examen médical spécialisé.
| Modèle | Type de suivi | Rôle principal | Réglementation |
|---|---|---|---|
|
Apple Watch (watchOS 11) |
Mouvements, fréquence cardiaque, respiration estimée |
Notification de perturbations respiratoires nocturnes, sensibilisation aux troubles du sommeil | Fonction de santé respiratoire selon les pays et versions |
|
Samsung Galaxy Watch |
Analyse de la respiration pendant le sommeil | Dépistage des signes d’apnée modérée à sévère, incitation à consulter | Autorisation FDA pour certaines versions |
|
Fitbit (certains modèles) |
SpO₂ nocturne, mouvements, micro-éveils |
Repérage d’anomalies compatibles avec des troubles respiratoires du sommeil | Validation clinique partielle selon les modèles |
Les fonctionnalités et autorisations réglementaires peuvent varier selon les pays, les modèles et les mises à jour logicielles.
Montres connectées et apnée du sommeil
Ce qu’il faut comprendre sur les alertes, les limites des capteurs et leur place dans le dépistage du SAHOS.
Une montre connectée peut-elle diagnostiquer une apnée du sommeil ?
Non. Une montre connectée peut uniquement repérer des signes compatibles avec un SAHOS et vous inciter à consulter. Le diagnostic repose sur des examens spécialisés — polygraphie, polysomnographie — interprétés par un médecin.
Dois-je m’inquiéter si ma montre m’envoie une alerte ?
Une alerte signifie qu’il existe des anomalies à vérifier, pas que vous êtes forcément porteur d’un SAHOS sévère. L’étape suivante est de parler de ces données à votre médecin, qui décidera de la suite du bilan.
Et si ma montre ne détecte rien, suis-je tranquille ?
Non. L’absence de notification n’exclut pas un SAHOS, notamment en cas de formes légères, de sommeil fragmenté ou de capteurs mal positionnés. Si vous avez des symptômes — somnolence, ronflements, pauses observées — il faut en parler à votre médecin même sans alerte.
Les montres sont-elles utiles pour mon suivi après traitement ?
Elles peuvent compléter le suivi — temps de sommeil, régularité, activité physique — mais ne remplacent pas le suivi médical : contrôle de l’IAH, observance de la PPC, etc. Certaines données peuvent néanmoins être intéressantes à partager avec votre équipe soignante.
Une montre connectée peut-elle diagnostiquer l’apnée du sommeil ?
Non. Les montres connectées peuvent détecter des signes compatibles avec une apnée du sommeil modérée à sévère, comme des variations de la saturation en oxygène ou du rythme cardiaque. Cependant, seul un examen du sommeil — polygraphie ou polysomnographie — interprété par un spécialiste permet de poser un diagnostic médical fiable.
Quelle est la fiabilité des montres connectées pour l’apnée du sommeil ?
Les études montrent une capacité de repérage intéressante chez certains profils à risque, mais une précision insuffisante pour remplacer les examens de référence. Les montres sont utiles comme outil de dépistage préliminaire, mais ne permettent pas de décider d’un traitement.
Dois-je consulter si ma montre m’alerte sur un risque d’apnée du sommeil ?
Oui. Une alerte répétée, surtout si elle est associée à des symptômes comme des ronflements, une somnolence excessive ou une fatigue persistante, doit conduire à consulter votre médecin traitant. Celui-ci décidera s’il est nécessaire d’organiser un enregistrement du sommeil.
Les montres connectées sont-elles remboursées par l’Assurance Maladie ?
Les montres connectées ne sont pas remboursées en tant que dispositifs médicaux de diagnostic. En revanche, les examens du sommeil prescrits par un médecin — polygraphie, polysomnographie — ainsi que les traitements reconnus peuvent être pris en charge selon les règles en vigueur.
Que faire si ma montre ne détecte rien mais que je suis très somnolent ?
L’absence d’alerte ne permet pas d’exclure une apnée du sommeil. Si vous présentez des symptômes évocateurs comme une somnolence diurne importante, des ronflements ou des pauses respiratoires observées, il est essentiel d’en parler à un médecin, même si votre montre ne signale aucune anomalie.
Relu par
Dr Guillaume Marchand
Spécialiste du sommeil
Spécialité : Psychiatre
Formation : DIU du sommeil et de ses pathologies et DU D’Expertise légale
Le Dr Marchand est Médecin spécialiste du sommeil et des troubles de la vigilance
Ancien chef de service et ancien chef de clinique de l’AP-HP
Médecin, enseignant et coordinateur de recherches cliniques, mes activités se répartissent entre le 11ème arrondissement et l’Hôtel Dieu de Paris.
Lire la biographieLes différentes pathologies du sommeil
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Test gratuitSources
- Haute Autorité de Santé (HAS). Prise en charge du syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil de l’adulte. Recommandations, 2020.
- American Academy of Sleep Medicine (AASM). Clinical Practice Guidelines for the Treatment of Obstructive Sleep Apnea, 2014–2017.
- European Respiratory Society (ERS). Obstructive sleep apnoea syndrome: epidemiology and diagnosis. European Respiratory Review, 2018.
- Apple. Documentation “Respiratory Health” et fonctionnalités de suivi du sommeil, watchOS 11.
- FDA. Clearance de la fonctionnalité de détection de l’apnée du sommeil pour certaines Samsung Galaxy Watch, 2024.
- Berryhill S, et al. “A validation study of a Fitbit device for screening for sleep apnea”. Journal of Clinical Sleep Medicine, 2020.
- De Zambotti M, et al. “Validation of Commercial Wearables for Sleep Assessment”. Sleep, 2019.
- Nakano H, et al. “Monitoring Sound to Detect Sleep Apnea”. Chest, 2014.
- Sabil A, et al. “Artificial Intelligence for Audio-Based Screening of Obstructive Sleep Apnea”. IEEE EMBC, 2022.





